Fiction: « Le roman de GECO »

1er chapitre : (JP Dautricourt, 14 novembre 2012)

GECO : l’incroyable moto à Pépé … !

Franchement, nous les journaleux essayeurs on fait un boulot formidable en parcourant le monde à longueur d’année pour grimper sur ce qui se fait de mieux dans notre petit univers du 2 roues. Pourtant, ce matin, j’avais pas trop envie. La cause ? Encore froissé de ma valdingue avec la meule à Biaggi au Mugello la semaine dernière (l’article avec toutes les explications la semaine prochaine dans ton canard préféré). Que veux-tu, je suis payé pour ça aussi, non ?
– Kiki, dans mon bureau et tout de suuuuuuuuuuuuite !!!
Là, j’ai fait comme si j’avais pas entendu, mais le chef, c’est … le chef, et comme y a pas trop de recoins à la rédac’ de Bike Journal pour se planquer, ben …
– GECO, tu connais ???
– Ouais, c’est un lézard …
– Fais pas semblant, tu veux bien ? Offenstadt présente sa moto demain au Bugatti et c’est toi qui t’y colle. T’es le plus rapide ici, non ?
– Demain ? j’peux pas, Chef, j’ai piscine, vous savez bien !
Le projet GECO, on en cause depuis des mois entre nous : info ou intox ? Parait qu’elle va révolutionner le monde de la moto, mais ils disent tous ça ! D’un autre coté, comme tous les collègues, je veux savoir : jamais une moto n’a fait couler autant d’encre avant même d’être en piste. Alors, en bon employé, j’ai obtempéré …
Paname – Le Mans, en voiture de loc’ avec Momo, je ne te conseille pas trop : il largue des caisses, roule comme un malade et arrête pas de jacter en détournant son regard de la route. Perso, je ne suis pas fan et les forces de l’ordre non plus ! Là, y a fallu promettre un abonnement grâtos pour lui éviter de devenir piéton et peu de chances que ça passe en note de frais ! La tronche du brave représentant de l’Etat en passant sa tête par le carreau avec cette horrible odeur de putréfaction !!! J’en aurai chialé si je n’étais moi-même au bord de l’asphyxie ! Momo, t’es un porc, tu sais … ? Monsieur a les intestins délicats et c’est pour ça qu’il ne met pas sa ceinture de sécurité, et rouler vite annihile les soubresauts de la caisse. No comment …
Momo, c’est le monsieur technique du canard : il sait tout sur tout, à défaut de pouvoir démonter avec son poignet droit. Faut dire que son quintal bien tassé n’aide pas trop au pilotage d’une moto. Ceci compensant cela. Pendant le trajet, j’en ai bouffé du GECO, de l’homocinétique et autres barbarie du style ! Offenstadt ? Un nom qui cause aux anciens, parait-il. Ce monsieur, pilote émérite, a été le précurseur des freins à disque, des jantes à bâtons, des cadres-poutre en alu et bien d’autres choses qui font les motos d’aujourd’hui. Il a même créé fin 70 une moto appelée la But, du nom de son sponsor, un truc bien trop en avance sur son temps selon Momo, avec un avant constitué d’une espèce de bras tirant la roue, laquelle a montré un réel potentiel avant de tomber rapidement dans l’oubli, comme … Eric Offenstadt ! Trente ans plus tard le voici de retour, plus provocateur que jamais, et avec une machine qu’on dit révolutionnaire, la moto ultime qui ne cabre pas, ne ripe pas et n’use pas les pneus (voir l’encadré du technicien page suivante). Tu crois que ça existe vraiment, Momo ?
En ce milieu d’avril, le soleil s’est invité et la température printanière qui règne sur la Sarthe est une bonne chose après le temps pourri des 15 derniers jours. Le Bugatti ? Je connais bien pour y avoir disputé les dernières 24 heures : c’est un circuit de freinage / accélération demandant une moto stable plongeant bien à la corde, qui ré accélère comme une balle. A part la Dunlop, pas de courbes rapide. Faut être très mobile, surtout dans le S du Chemin aux Bœufs où il est très facile de finir au bac à sable. Le revêtement est plutôt bon depuis qu’il a été refait et c’est une piste que j’apprécie.
La moto présentée est en version « endurance » avec un moteur d’origine Kawa. Tel quelle, son concepteur prétend que sa machine peut rivaliser avec un proto MotoGP actuel. Là, comme tous les confrères je suis comme la fosse …, plutôt sceptique ! Ou alors on a affaire à un sacré affabulateur, sinon, c’est un rendez-vous avec l’histoire qui nous attend, mais comme St Thomas…
On est une petite dizaine à être conviés et le premier à s’y coller c’est un certain … Philippe Monneret. Notre confrère est pilote essayeur GECO d’un jour et c’est à lui de nous briffer. Thomas Metro, le pilote titulaire, étant appelé à d’autres obligations.
A notre disposition, 4 ZX10R pour nous mettre en condition. Puis chacun de nous aura droit à 5 tours sur une des 2 GECO présentes, pas un tour de plus et interdiction de tomber…
« Pépé », comme on le surnomme dans le milieu, vient nous accueillir. Un sacré personnage que ce Eric Offenstadt ! A la fois timide et impertinent, cet éternel jeune homme n’en est pas moins fort sympathique. De petite taille, un peu vouté, Il passerait totalement inaperçu si son regard perçant ne trahissait au travers de ses lunettes qu’on a pas affaire à un homme ordinaire. Il parait sans âge, comme si le temps n’avait aucune prise sur lui. Je l’avais rencontré il y a quelques années aux coupes Moto-Légende à Montlhéry et ce petit bonhomme m’avait fait forte impression à l’époque. Aujourd’hui, Eric n’a visiblement pas changé. Avec sa gentillesse habituelle, Pépé nous présente son équipe technique, nous parle de ses idées et dévoile son bébé.
La moto parait longue et je dois t’avouer que sa partie avant avec ses 2 énormes bras de suspension m’impressionnent. Et puis c’est quoi ces étriers de frein tout en bas. Remarque, l’arrière n’est pas mieux avec ce drôle de renvoi d’angle pour la transmission secondaire et le disque de frein au niveau de l’axe de bras oscillant. Ma première réflexion, tout comme celle des collègues présents, est ponctuée de nombreux points d’interrogation. Cette moto, on l’a pourtant déjà vue en photo, mais là … Pour le reste, elle a 2 roues et un carénage, pensais-je pour me rassurer !
Bon, pour les explications techniques, tu vois avec Momo un peu plus loin, moi je suis là pour essayer ce drôle de truc et dois t’avouer que la curiosité est forte !
Tout d’abord on file se changer. Je fais partie des premiers à m’élancer avec une ZX10. Monneret est devant nous avec une des 2 GECO. Premier tour, je me remémore le circuit et la moto. Stable et facile à la corde, la Kawa serait presque à mettre en toutes les mains si son moteur ne poussait pas autant ! Faut dire qu’on a droit à des versions SBK et le grip des pneus Michelin est excellent. On doit avoisiner les 20 degrés, la piste est parfaite. Les 2 passages les plus impressionnants sont pour moi la sortie de la Dunlop et la chicane qui te saute à la tronche, puis le fameux Chemin aux Bœufs. Deux endroits où je suis déjà tombé durant les dernières 24 heures. Là, faut pas se rater ! Au deuxième tour, Monneret commence à pousser et je suis persuadé qu’on tourne déjà dans les 1,40 : il n’amuse pas le terrain, l’animal ! Bon, tu veux jouer, Philippe … ?
Au troisième tour, me sentant plutôt bien, je décide de me rapprocher de lui à la sortie du Raccordement. Gaaaz !
Je reste à l’aspi et ça défile très vite … jusqu’à l’entrée dans la Dunlop ! Là, j’ai rien compris : tu prends milieu de piste pour pas trop casser ta traj’, puis surtout contrer cet effet te poussant sur l’extérieur. Le mieux, pour ça, est de t’aider du frein arrière en appui. En même temps, tu te prépares déjà pour la chicane qui te saute à la tronche. Alors, bien-sûr j’ai un poil relâché à la corde, et c’est là que je n’ai plus revu la GECO ! Monneret, lui, n’a pas coupé et j’ai bien cru qu’il allait tirer tout droit, mais non, sa moto a continué comme si de rien n’était. A son arrivée à la Chapelle, je sortais juste de la chicane et quand mon tour arriva de négocier ce même virage, un coup d’œil m’a permis d’entrevoir que Philippe plongeait déjà au Musée. Incroyable !!! J’ai terminé mon tour complètement abasourdi, les 3 autres ZX10 au cul et Monneret … loin, très loin devant. Pourtant, j’ai déjà roulé avec Philippe, connais son niveau, mais là, NON, c’est IMPOSSIBLE … !!!!!!!!!!!!!!
Je refais encore un tour, repousse tous mes freinages avec une Kawa à la limite du décrochage, j’arrive en vrac aux Chemin aux Bœufs et ça passe de justesse, mais rien n’y fait ! La GECO ? Je ne sais même plus où elle se trouve !!! On nous panneaute de rentrer au stand, merci, c’était aussi mon intention
L’équipe technique se précipite pour récupérer « ma » moto. Momo est déjà là. Il me montre le chrono qu’il tient à la main.
– 1,34,6 ! Pas mal du tout …
Moais …, comme tu dis ! Mais j’aime pas trop ce regard amusé qu’il affiche …
On tombe les casques. David Dumain s’approche de moi, on se regarde sans savoir quoi dire.
– Bon, ça va être à vous, les gars ! 5 tours et interdiction de tomber, hein ??? Krkrkr …
Dum’ et moi sommes les premiers à nous élancer. On ne nous laisse même pas le temps de souffler ! Ah, si, juste pour entendre Eric Offenstadt nous dire :
– Vous devez oublier TOUT ce que vous connaissez et bien écouter la GECO. Les limites sont les votre, pas celles de la moto. Messieurs, bienvenue dans l’ère moderne de la course …
Intérieurement, je me remémore les propos de Momo dans la caisse de loc’ : cette machine en version CRT est capable de jouer 3 secondes devant les protos sur un tel circuit … La version endurance que tu vas essayer n’en est pas trop différente, tu verras !
Là, je crâne moins. Lorsqu’il m’a sorti ça, je l’ai traité de malade mental ! Faut dire qu’il avait assisté « officieusement » aux premiers tours de roue de la machine, avec ordre de ne rien divulguer jusqu’à aujourd’hui. J’avais encore en tête l’essai d’une RVC au Mugello il y a quelques saisons et savais fort bien que taper un chrono avec ça n’était pas à la portée du premier venu : on peut presque aller faire ses courses avec ce type de machine, mais … pour l’exploiter, faut s’appeler Rossi ou Lorenzo. Ces mecs-là ne sont pas humains ! La GECO ? D’après Momo, si t’es capable de lui faire confiance, un niveau moyen suffit à faire tomber les chronos avec cette moto. Un second couteau du MotoGP, sera, lui, capable de jouer la gagne d’entrée de jeu. Il a enchaîné : plus d’effet de chaine au freinage, aucune inertie, pas de cabrage à l’accel’, terminé les guidonnages et les high-side !!! Pour aller vite avec la GECO, suffit d’oser retarder le freinage et laisser faire la moto. Ben voyons …
Bon, on y va ? Là, je me sens comme un type qui n’a jamais sauté à l’élastique qu’on va précipiter dans le vide !
Un fois sur la moto, en fait elle semble … comme les autres. Les demi-guidons sont justes un peu plus hauts mais pour le reste on trouve une machine assez étroite. Seule la longueur du réservoir surprend un peu. Bon, aller, trêve de bavardage, il est temps d’y aller ! Le staff Michelin retire les couvertures chauffantes, le moteur est déjà chaude lui aussi. Un dernier regard vers Dum’ sur l’autre GECO, et c’est parti !
Le premier tour est étrange, comme si la moto faisait 50 kilos de moins ! S’il n’y avait ce moteur, je jurerais être au guidon d’une 250 2 temps de la belle époque : effectivement aucune inertie, ça plonge comme une grosse mobylette qui aurait un réacteur au cul, enfin … quand je dis plonger, c’est de la moto dont je parle, la fourche, elle, absolument pas ! Pourtant, il me semble avoir freiné fort …
En fait, je suis tellement décontenancé que j’y arrive pas, et Dum’ passe devant ! Heu…, tu veux vraiment jouer ? Bon, faut y aller, je suis ici pour ça et je ne vais pas laisser mon pote pousser sans réagir, hein ? après tout, lui aussi doit ressentir la même chose que moi ! Gaaaaaaazzz !!!!!!
Incroyable comme ce moulin semble plus puissant dans ce châssis ! Pourtant, on m’a assuré que c’est le même. David vient de sortir comme une balle du Garage Vert. L’instant d’avant ce fourbe m’a fait un de ces freinages ! J’ai bien cru qu’il tirait tout droit. Bon, si tu l’as fait, moi aussi, mon bonhomme !
Chemin aux Bœufs, je décide de débrancher et advienne que pourra ! La chute ? J’y pense même pas. Gaz en grand, je laisse passer mon repère habituel. De toute façon, le bac à gravier est large à cet endroit (j’en sais quelque-chose). Mon cœur doit être au rupteur, freiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiine, bon-sang ! Incroyable, les 2 roues restent rivées au sol et … la moto plonge toute seule avec au moins 20 bornes de mieux, enfin, j’sais pas, j’sais plus !!!
Débranche, débranche …, semble me dire « ma » moto, et le Dum’ qu’en remet une louche ! Jamais poussé autant sur cette piste. Et la moto semble toujours aussi neutre et facile, même pas physique ! David, j’arrive …
J’ai vu Monneret le faire : la Dunlop, sans couper …
Gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaazzzz !!!!!!!!!! Seigneur, Marie, Joseph et toute la clique, priez pour moi ! Dum’ est milieu de piste, il va freiner. Surtout rien relâcher et rester à l’intérieur ! J’suis Rossi et vais me faire Stoner comme à Laguna Seca ! Et… ça passe, j’sais pas comment mais la moto est passée en arrivant comme un boulet de canon à la chicane. Cette fois, je retarde encore plus, elle me pousse sur les bras d’une façon incroyable mais … ne bouge pas d’un millimètre ! C’est maintenant moi qui mène, encore (seulement) 2 tours, c’est bon, j’en veux encore !!! Jamais piloté un truc comme ça ! La RCV ? Oubliée ! Ce monstre est à ranger au placard, celle-ci est humaine et elle va vite, très vite !!!
Les 2 derniers tours sont comme un rêve ! Dum’ et moi sommes les meilleurs pilotes du monde, personne ne peut aller plus vite que nous !!!
Et merde ! Faut déjà rentrer au stand ???
Bon, je te laisse lire l’article suivant pour les explications techniques, perso, faut que je digère tout ça et j’sais plus quoi écrire. Ah si …, merci MONSIEUR Offenstadt, Vous êtes grand !

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